Derniers kilomètres jusqu’à Singapour !

Avec Michael à Ipoh

Avec Michael à Ipoh

Le dernier jour de juillet, je quitte Penang et Georgetown tôt le matin pour partir en direction de Ipoh, où je suis attendu par Michael de Warm Showers. C’est une longue journée qui m’attend, avec plus de 160 kilomètres de routes pas forcément très très attractives. En prenant le bateau pour rejoindre le continent, j’attire décidément l’attention : il ne doit pas y avoir beaucoup de cyclistes solitaires qui traversent à cette heure-ci… (qui traversent tout court?) Et puis, c’est le long périple qui commence, avec la joie de sortir de Butterworth par une espèce d’autoroute, suivi d’une belle zone industrielle… Heureusement, la pluie de ce matin s’est arrêtée, mais le ciel reste étrangement couvert… En cours de journée, alors que le ciel ne se décidait décidémment pas à s’éclaircir, on me dit que c’est à cause de l’Indonésie et des agriculteurs qui mettent le feu aux herbes sèches, ce qui génère cette espèce de voile tout au dessus de la Malaisie…

Je me dépêche un peu, car depuis plusieurs mois j’envisage d’aller passer quelques jours à Dhamma Malaya pour faire de la méditation Vipassana et il ya un stage qui commence bientôt de l’autre côté de la Malaisie. Arrivé à Ipoh, je me fais installer très confortablement dans mon propre appartement, appartenant à Michael, mais qu’il n’utilise pas vraiment pour le moment. Du coup, je reste quelques jours, et décide d’annuler mon rendez-vous au Dhamma Malaya : ça va me faire rusher à travers toute la Malaisie et ne me laissera pas trop de temps ensuite pour faire d’autres choses avant d’arriver à Singapour. Et puis après 5 mois seul sur mon vélo, je me demande si j’ai encore envie de méditer 10 jours non-stop…

À Kuala Lumpur

À Kuala Lumpur

Au bout de quelques jours, je m’en vais de Ipoh, et continue ma route vers le sud. La côte ouest de la Malaisie n’est pas très passionnante, beaucoup de grosses routes, pas mal de circulation, et une vue pas très excitante .. ou s’est moi qui fatigue ? L’arrivée à Kuala Lumpur n’est pas facile, et je me perds plusieurs sur les différentes autoroutes qui entrent dans la ville. C’est pas vraiment rassurant de rouler là dessus, pas pratique non plus (pas possible de faire demi-tour, des sorties/croisements pas assez souvent), mais j’arrive à m’en sortir finalement pour me retrouver dans une petite guest-house pas trop mal en plein centre-ville. J’avais du coup prévu de rencontrer Mei Ling, une amie de Jie Lang qui m’avait hébergé à Changsha, et pour tenter d’acheter du matériel de plongée à meilleur prix qu’en France (mais en fait non, c’est tout aussi cher, si ce n’est plus…)

Sur les routes de montagnes en Malaisie

Sur les routes de montagnes en Malaisie

Finalement, je pars de Kuala Lumpur après quelques jours, cette fois en m’écartant de cette côte ouest. J’ai pas mal de temps sur les bras du coup, et au lieu d’aller directement de l’autre côté, je me lance dans une traversé de la péninsule et remonte un petit peu au nord, histoire d’en voir plus. J’ai bien fais de prendre cette route d’ailleurs, les conditions de roulage sont nettement mieux, beaucoup plus calme, routes plus petites, à travers la jungle, c’est à peine si on entend les voitures au loin… En sortie de Kuala Lipis, alors que je me redirige de nouveau vers le sud, je fais sans doutes une de mes plus dures journées : j’avais prévu de passer la nuit à “Pusat Bendar”, entre Kuala Lipis et Kuantan histoire de couper la route en deux, mais la route pour y arrivée s’est avéré bien plus vallonnée que prévu et bien que ça ne soit pas de la grosse montée, j’ai un peu du mal quand même … surtout sans avoir pris de petit-déjeuner le matin. Bien entendu, pas grand chose pour casse-croûter le long de la route, mon vélo qui commence à grincer un peu, mon eau qui s’amenuise, le soleil qui tape pas mal et l’absence de vent… Ah oui, et j’avais très très mal dormi la veille… Mais bon, après avoir finalement trouvé un endroit où prendre mon déjeuner vers 13h, suivi d’une ville avec de l’eau (woot o/ ), il ne me reste qu’une trentaine de kilomètres pour arriver à destination. Du coup, je prends mon temps, et vers 17h j’arrive finalement … dans un endroit où il n’y a rien pour dormir en fait… C’est vraiment très petit, et en 2 minutes je suis déjà sorti de la ville. Là, c’est un peu le drame, car les déconfitures du matin m’avait fait rêver d’une bonne douche et d’une bonne nuit de sommeil avant d’attaquer un plus long trajet le lendemain, mais ça va être compliquer. Soit je tente de dormir dehors, mais j’ai pas grand chose pour (j’ai rien en fait), soit je tente de trouver quelqu’un pour m’héberger mais c’est toujours aléatoire, soit je continue à la ville suivant … qui est à 60 kilomètres plus loin. Il est déjà 17h, et donc, très logiquement, je fais ce dernier choix. Je déconnecte mon cerveau, me met en mode monorail, et me lance sur les traces de la ligne blanche en poussant un peu plus sur les pédales (il ne faut pas oublier que la nuit tombe vers 19h30, et que je n’ai pas de lumières sur mon vélo). La nuit arrive encore plus tôt que d’habitude car le ciel se charge de plus en plus au fil des kilomètres, et finalement se met à pleuvoir. Vu dans l’état dans lequel je suis, c’est plus trop grave, je bâche le vélo et continue, dans l’obscurité et la pluie. Finalement, vers 20h j’arrive dans une plus grande ville, et me fais aider par un groupe de jeunes pour remplir mes gourdes d’eau puis par 2 autres jeunes dans un restaurant où je demande ma route pour trouver un endroit où dormir. Au lieu de 70 kilomètres, j’en aurais fais 130 et j’aurais bien mériter ma nuit de sommeil…

Cocotiers au levé de soleil

Cocotiers au levé de soleil

Puis, j’arrive à Kuantan sur la côte ouest où je me repose un jour de plus, puis prend la route le long de la côte est cette fois, un peu plus sympa que l’autre côté. En début de parcours, je me fais arrêter par un gars en bord de route qui me fait des grands signes pour que je m’arrête. Interrogateur, je stop devant une petite cabane avec deux personnes un peu âgées et leur (toute) petite fille qui vendent des ramboutan. Le gars me demande où je vais, je lui dis que je vais à Singapour, c’est les grand éclats d’étonnement, et il me file un sac d’un kilo de ramboutan et me dit au revoir en me souhaitant bonne chance pour la suite de la route… En milieu d’après-midi, alors que je déguste ces ramboutans à l’abri de la pluie qui tombe dure, un autre vélo s’arrête sous le même abri et je fais connaissance avec Ming de Singapour qui traverse lui aussi la Malaisie pour rentrer chez lui. Il voyage bien plus léger que moi, mais fait aussi des plus gros trajets chaque jour. On discute pas mal, et quand la pluie commence à se calmer, il me dit qu’il compte passer la nuit à Nenasi, à quelques kilomètres de là. Étant donné le temps plus incertain, je le suis pour aller voir, et finalement on s’arrête au même endroit pour partager la chambre. Un type plutôt cool, qui me propose de m’héberger aussi quand je passe par Singapour. Enfin, le lendemain, après un départ sous le soleil levant suivi d’un petit 100 kilomètres (un peu collineux), on arrive à Mersing où je dis au revoir à Ming et monte dans le bateau pour aller à l’île Tioman, mon vélo restant aux bons (?) soins d’un magasin sur le continent pour quelques réparations…

Cocotiers à Tioman

Cocotiers à Tioman

À Tioman, je me trouve en début de soirée une petite cabane tout au bout de l’île, avec porte aux pieds des cocotiers sur la plage… C’est très calme ici, bien différent de ce que j’avais pu vivre en Thaïlande sur le même genre d’endroit, et il y a pas mal de gens qui vivent en fait ici depuis très longtemps. C’est presque un petit village (si ce n’est quand même la horde de resort pour touriste). Je profite de la mer juste à coté pour faire une dizaine de plongées et prendre juste mon temps ici. Tout les soirs, j’ai droit à un coucher de soleil juste devant ma porte, il y a un petit restaurant qui fait tout un tas de poissons grillés ou frits le soir et les malais habitants ici sont assez sympa… (il aurait décidément vraiment fallu que je continue à pratiquer mon indonésien/malais en France 🙁 ) La plongée, sans être exceptionnelle, est pas trop mal, la visibilité pas terrible mais certaines parties ont encore des chouettes coraux et pas mal de poissons. C’est pas Komodo, certes, mais ça fait du bien de respirer de l’air comprimé encore une fois… Mes habitudes de Divemaster ne sont pas parties, encore, et j’ai même le droit à une plongée gratuite pour l’avoir passée à surveiller une plongeuse qui avait un peu du mal…

Arrivé à Singapour !

Arrivé à Singapour !

Mais déjà, une semaine plus tard, il va falloir que je m’en aille. Cette fois, c’est la dernière ligne droite : je prends le bateau au petit matin, retrouve mon vélo à Mersing et file vers le sud pour arriver à Kota Tinggi en fin d’après-midi ; puis le lendemain, j’arrive très vite à Johor Bahru, dernière ville en Malaisie avant Singapour… Je fais durer le moment de passer la frontière, mais finalement, je me lance dans le grand entonnoir routier qui s’en va vers l’île, sors de Malaisie, passe le petit pont qui relie Singapour au continent, et ça y est, me voilà arrivé ! Presque 5 mois après mon départ de Zhengzhou en Chine centrale, me voilà tout en bas de mon périple et mon compteur affiche déjà plus de 6500 kilomètres… Le soir, je me retrouve du coup chez Ming et son copain Winston, et leur chat aux grands yeux curieux Kèpo (ou quelque chose comme ça, ça veut dire “fripon” dans le dialecte locale), pour un bon dîner et du bon thé chinois. Le 25, je pars à vélo avec Ming faire un tour dans la ville et pour trouver une boite en carton pour emballer mon vélo, et on mange plein de bonnes choses ici et là dans la ville… Le 26 au matin, je désosse le vélo, le range soigneusement dans sa boite et après un dernier repas indien puis chez Ming, me voilà à l’aéroport, vélo embarqué, et c’est la fin d’un long (ou court ?) voyage qui s’annonce… Déjà malade de la clim à Singapour, le trajet en avion n’arrange rien, le temps plutôt frais à l’arrivée à Genève le lendemain matin non plus… Heureusement, Nicolas vient me chercher à l’aéroport, m’aide à transporter mon vélo loin de là et après un bon déjeuner, je reprends une dernière fois le train pour la France, puis le vélo pour les 20 derniers kilomètres. Home, at last.

Arrivé à destination !

Arrivé à destination !


This entry was posted in Voyage and tagged , , . Bookmark the permalink.