WWOOFing à Jangheung

Tête de tortue

29 mai 2011, dernier week-end à Gucheungam. Pour mon dernier jour, Sunim nous emmène tous au temple de Hyangiram tout au sud de la Corée, près de Yeosu. Le temple est situé sur une île en forme de tortue, et on trouve pleins de petites statues de tortues tout au long du chemin. En décembre 2009, un feu à détruit la plupart des bâtiments là bas, donc c’est encore un peu en reconstruction, surtout que l’accès n’est pas des plus faciles… Au retour, on s’arrête à un restaurant à Yeosu où on a mangé plein de trucs bizarres : entre autres, des tentacules de poulpes crues, fraîchement découpées, qui bougent encore et dont les ventouses collent encore, surtout aux dents, à la langue et à tout ce qui se trouve dans la bouche… Et du “Hongô”, un poisson qui sent très fort l’ammoniac, qui a le goût aussi. Les Coréens trouvent ça absolument délicieux…

Le lendemain, je pars pour Jangheung, où Han, un agriculteur chez qui je vais WWOOFer me récupère. Il m’emmène dans son “école”, une ancienne vraie école qu’ils ont retapé et qui sert maintenant de centre d’accueil et d’éducation pour l’agriculture et les pratiques bio. Il y a plusieurs bâtiments et j’ai droit à une grande chambre tout au fond. Il y a aussi une espèce de réfectoire pour quand il y a du monde, une salle polyvalente pour faire des présentations, et des salles plus ou moins occupés avec des expositions ou des ateliers orientés sur le monde agricole. Juste à coté, on trouve aussi un poulailler avec des poules super grasses, un grand terrain avec des cages de foot, et quelques serres où il y a des trucs et des machins qui poussent.

Han cultive pas mal de choses, ça va du riz aux kiwis, en passant par les vaches. En ce moment, c’est l’époque pour planter le riz et il y a beaucoup de travail autour de ça, donc le reste est un peu en suspens (et demande moins d’entretien aussi sans doutes). Les deux premiers jours, on s’est occupé de décortiquer le riz de l’année dernière et de le ranger ensuite. Avec joie et bonheur, on a transporté une tonne de riz dans des sacs de 40kg encore dans leur coques dans une espèce de coopérative avec une grosse machine qui extrait tout ça. Puis re-emballage du riz décortiqué dans des sacs de 20kg et rangement dans une chambre froide. Le son du riz est récupéré aussi pour donner à manger aux vaches et aux poules.

Rizières

Ensuite, direction les champs. Il poussait de l’herbe Italienne (“best world top N°1”) pour les vaches et tout a été coupé il y a quelques temps déjà et mis en botte. Il ne reste qu’à nettoyer les champs des restes d’herbe à coups de lance-flamme (enfin de briquet quoi) puis c’est l’inondation. Je savais qu’il fallait de l’eau pour faire du riz (pour le faire pousser, pas que pour le faire cuire), mais en fait il faut beaucoup d’eau. Tout autour des champs, il y a un système de canalisations et de rigoles qui récupèrent l’eau des montagnes Coréennes (apparemment, il y a de l’eau de partout ici) et permet ensuite de détourner l’eau dans chacun des champs. D’où les champs plats (enfin, légèrement en pente quand même pour que l’eau arrive par un coin et ressorte de l’autre coté; ils ont du rigoler un bon coup quand ils ont aplati les champs.), en terrasse (pour suivre le cours d’eau). Et donc, c’est l’inondation : avec les moyens du bord (un sac de ciment qui passait par là par exemple), Han bloque une partie de la canalisation pour détourner l’eau vers son champ et ça va assez vite ensuite (un ou deux jours, il y a pas mal de débit). Par contre, c’est rapidement la guerre aussi (“water war”) : si chacun détourne pour lui la canalisation, ceux qui sont en bas ne reçoivent plus rien… Du coup, c’est un peu tendu d’après ce que j’ai compris, et je pense que c’est pour ça que les champs sont aussi à des stades de plantage différents (certains sont déjà plantés, d’autres sont juste labourés, d’autres rien). Han n’est en plus pas forcément très apprécié des autres agriculteurs parce qu’il fait différemment d’eux en faisant du riz bio, et ça a l’air de déranger (mais j’ai pas trop compris pourquoi…).

\o/

En tout cas, les champs complètement recouverts d’eau, c’est la fête pour les grenouilles, il y en a partout et le soir on entend plus que ça. Les moustiques aussi ont l’air de bien apprécier, heureusement, on ne les voit pas trop pendant la journée. Parce qu’inonder les champs, c’est bien, mais les labourer ensuite c’est mieux. Depuis une semaine à peu près, c’est notre kiffe quotidien : on prend le tracteur, on va dans un des champs de Han (il en a une vingtaine) et on passe le “rotary” (je suis pas un expert en labourage, mais ça y ressemble furieusement; en tout cas, ça ressemble à un motoculteur monté à l’arrière d’un tracteur quoi). Et c’est ensuite parti pour une ou deux heures d’aller-retour dans le champ (plutôt deux heures généralement). Et passer ce truc dans un champ avec dix centimètres d’eau et autant de boue bien liquide dessous, ça glisse pas mal et c’est pas évident du tout. Han m’a rapidement montré comment faire pour utiliser le tracteur, et je suis maintenant devenu “rotary master” pour mon plus grand bonheur \o/ Je pense qu’en rentrant je pourrais demander à la sécurité routière de convertir cette expérience en stage “conduite sur glace et route mouillée avec pneus dégonflés”, ça doit être à peu près équivalent. Lundi 13 juin, j’ai terminé le dernier champ, il reste à passer un truc rapidement pour égaliser un peu la surface du champ je crois et après, ça sera plantage des plants de riz…

Tandem de vaches

En plus de ça, Han cultive des vaches pour la viande. Il a une bonne vingtaine de bêtes à qui on doit donner à manger matin et soir. Dans le secteur, on peut voir beaucoup de fermes qui contiennent des parcs pour les vaches et ça à l’air d’être un marché intéressant pour les agriculteurs. Le problème c’est que la Corée est pas très grande, un peu surpeuplée, et qu’en fait il n’y a pas trop d’endroit pour des champs pour que les vaches puissent simplement paître en toute liberté. Du coup, elles restent toute la journée dans cette espèce de grosse étable, plus ou moins bien logées, à manger ce qu’on veut bien leur donner. Han a le label bio sur ses vaches, il leurs donne à manger des granulés et des trucs comme ça qui doivent avoir le label bio aussi (mais j’ai pas trop réussi à comprendre d’où ça venait et ce qu’il y avait dedans), ainsi que le foin de ces champs et le son du riz qu’il produit. Contrairement à certains qui font de l’élevage assez intensif avec les bêtes parquées dans des cages individuelles avec juste ce qu’il faut pour pouvoir bouger la tête pour prendre à manger, ici elles ont un peu plus d’espace. C’est sûr que ça a rien à voir avec ce qu’on peut voir en France à la même époque, mais ils ont pas trop le choix dans le pays…

Makkôlli !

Plusieurs fois par semaine, on rend visite à d’autres fermes dans le secteur avec lesquelles Han travaille. En particulier, il a un ami qui fabrique depuis plusieurs générations du Makkôlli (막걸리), un alcool typique Coréen à base de riz et de blé, pas très fort (autour de 6 ou 7°C), blanc (ce qui lui donne le surnom de “Lait Coréen”) et très légèrement pétillant. Ce monsieur, que je ne connais que sous le nom de “Makkôlli teacher”, le fabrique en utilisant le riz bio de Han et il travaille ensemble pour le commercialiser sous le nom de 아미, qui se prononce comme on peut le lire : “Ami”. Je crois pas qu’il y ait une signification en Coréen, mais j’ai crû comprendre que la ressemblance avec le mot français n’était pas anodine. Il m’a fait visité son laboratoire où il fait fermenter tout ça et m’a expliqué comment il fallait faire en fabriquer. Il n’a pas voulu me donner les détails des proportions et tout ça, mais je lui ai promis que j’essayerais de faire du Makkôlli français en rentrant il m’a promis de me donner tout son secret à ce moment là… Bon, y’a plus qu’à… J’ai aidé aussi plusieurs la famille Shin, retraités qui viennent s’installer à la campagne et font pousser pleins de trucs dans leur jardin. Ils ont racheté il y a deux mois un grand verger de maesil, des espèces de prunes super acide (genre abricots pas mûrs) mais dont les Coréens utilisent beaucoup en cuisine. Du coup, entre deux parties de tracteur avec Han, je cueille quelques fruits par-ci par-là. Ça change un peu, et la communication est aussi plus facile, leur anglais est bien meilleur…

Les journées sont bien remplies en ce moment à cause de tout le travail sur les champs à faire, généralement c’est réveil vers 7h du matin, petit déjeuner à base de riz, kimtchi, soupe avec des algues dedans, et toute une variété d’accompagnements. Généralement, on fait une grosse pause de plusieurs heures pour midi car le soleil tape dur et Han m’emmène plusieurs fois par semaine manger au restaurant. La ville la plus proche des différents endroits où on travaille contient un nombre assez impressionnant de restaurants avec chacun ses spécialités alors qu’elle est quand même pas super grosse (autour de 6000 habitants mais on dirait moins). Ils font pas forcément cinquante plats différents mais on mange pas mal pour pas trop cher (enfin, c’est pas moi qui paie de toutes façons), autour de 5000 WON par repas (et c’est assez copieux). En début d’après-midi, on traîne un peu jusqu’à 15h/16h environ à cause de la chaleur, et on mange des glaces, on tente de communiquer, on va faire une sieste dans une autre ferme ou on va visiter des trucs dans les environs. Les journées se terminent entre 19h et 21h, suivant ce qu’on a fait dans l’après-midi et plusieurs fois aussi ça se termine au resto. Je commence à avoir une bonne connaissance de le cuisine Coréenne je crois…

"Still loving yoouuuuu"

La semaine dernière, alors qu’on était en train de manger au restaurant, un gars d’une vingtaine d’années arrive avec un gros sac à dos et s’assit à coté de notre table et commence à discuter avec Han et j’apprends qu’il est en train de faire le tour de la Corée à pied. Finalement, Han l’invitera à dormir à l’école avec nous car il savait pas où passer la nuit, et il nous aidera ici à pendant quelques jours. Plusieurs fois aussi, on a reçu la visite de clients ou d’amis et c’est l’occasion d’aller faire un tour, de manger un super truc au resto, et généralement la soirée se termine au karaoké (c’était aussi ma soirée d’arrivé dans le coin…). 95% du répertoire de chansons est en Coréen bien évidemment, chansons dont je n’avais pas la moindre idée de leur existence. Mais ils ont aussi un petit répertoire avec des chansons “English pop” (c’est à dire tout ce qui n’est pas Coréen), et c’est avec la plus grande joie que j’ai pu chanter des tubes de légendes comme “Still loving you” de Scorpion, “Are you gonna go my way” de Lenny Kravitz ou bien “All she wrote” de Firehouse. Heureusement, les Coréens sont très gentils et à chaque fois je chante très très bien. Me voilà rassuré…


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4 Responses to WWOOFing à Jangheung

  1. gl says:

    Ils ont même pas du Dying Fetus à… “chanter” ? Mon dieu, comment as-tu fait ?!

    • Jon says:

      Y’avait d’autres trucs un peu plus rock mais avec des solos interminables, je doutes que le public aurait apprécié 😮

  2. Guillaume says:

    tiens jon, si t’es toujours en Corée, tu pourras leur dire que la k-pop fait un malheur en France:
    http://www.lexpress.fr/culture/musique/la-k-pop-debarque-au-zenith_1001108.html

    honnetement, ils auraient pu se la garder -_-‘

    • Jon says:

      Ah ben tiens, justement, on me demandait si c’était connu en France…

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