Quelques jours à Lijiang

Lijiang

Le temps maussade de Chengdu ne me réussissant pas, je me décidais de pousser rapidement encore plus loin vers le sud, dans l’espoir d’un temps meilleur et d’une météo plus clémente. Mais rapidement, à mesure que je prenais réalité de ma prochaine destination, mon espoir se réduisait de jour en jour : j’allais encore me les cailler sévère, même à Lijiang

Chengdu > Lijiang

Sur la carte, les deux villes ne sont pas très très loin, assez, voire très connues en Chine, sont toutes les deux desservies par le train (et même l’avion) … mais il y a une grande chaîne de montagne entre les deux, et le trajet classique que j’aurais dû prendre consiste à redescendre jusqu’à Kunming, changer de train et repartir en direction de Lijiang : pas pratique, long, cher pour ce que c’est. Il y a un bus qui fait aussi la liaison Chengdu – Lijiang en un peu plus de 24h; connaissant mon estomac et une vague idée de la route à prendre, ça me paraissait le meilleur moyen d’étaler mes tripes pendant un jour complet au fond du Sichuan – ce qui m’enchantait pas plus que ça, à vrai dire.

Sur la route de Lijiang

Reste le trajet secret, dont tout le monde parle, mais personne ne sait vraiment comment ça marche. En soi, c’est pas très compliqué. Il suffit de prendre le train de Chengdu à Panzhihua à mi-chemin avec Kunming, sortir de la gare de train, traverser la horde de chinois armés jusqu’au dents, près à vous vendre n’importe quel trajet qui contient le mot “Lijiang” dedans, trouver un hypothétique bus (peut-être le numéro 64, peut-être un autre, les avis divergent) juste à la sortie, le prendre jusqu’à la gare routière (aucune idée de quand il faut descendre) et prendre un bus pour Lijiang qui va traverser en seulement 7 heures cette fameuse chaîne de montagne, avec une route digne du Salaire de la peur. En fait, c’est surtout ce fameux bus 64 qui est la clé du voyage, après plusieurs heures passées sur Internet à chercher des informations sur ce trajet (parce l’auberge à Chengdu n’avait pas la moindre idée une fois débarqué à Panzhihua, et quelques-uns des maigres avis que j’ai pu trouver disaient d’en prendre un autre)), j’ai croisé les doigts en montant dedans, sans savoir où j’allais, si j’étais dans le bon sens, ni quand il fallait descendre. Finalement, après une heure à me dire qu’il faudrait que je descende au prochain arrêt, on est arrivé à la fameuse gare routière, accrochée en bas de la mini-vallée creusée par la rivière : facile finalement, la gare de train et la gare routière sont les deux terminus de cette ligne de bus…

Bref, une demi-heure plus tard, au petit matin, me voilà dans le bus pour Lijiang, avec au moins 7 heures de trajet devant moi pour faire quelques 270 kilomètres. La route est assez vite tortueuse, en mauvais état, il y a beaucoup de circulation déjà tôt le matin, des camions tout droit sortis de Mad Max transportant des tas de cailloux, de la terre, des je-ne-sais-quoi, à des allures qui laissent longuement le temps de les apprécier. La début de la route est poussiéreuse, gris, le soleil du Sichuan toujours absent. Au bout d’une demi-heure, un jeune chinois qui se trouvait à l’avant du bus sort de son siège et me demande dans un anglais hasardeux si il peut s’asseoir à coté de moi. Je fais ainsi la connaissance de Garong Feng, jeune chinois fauché d’une vingtaine d’années, qui vient de près de Shangai venant voir si il peut trouver un sens à sa vie dans en traversant la Chine en classe super économique (50 heures de train assis entre Shangai et Chengdu…), persuadé qu’avec mon voyage et ma tête d’étranger, je vais pouvoir lui expliquer le sens de tout ça. Mauvaise pioche.

Très vite pourtant, le bus prend de l’altitude et passe à travers la montagne. On sent le soleil poindre derrière la couche nuageuse et les pics; à travers la vitre sale et embuée, on devine le paysage qui commence à changer. Au détour d’un virage, le flanc de la montage change de forme et de couleur, la terre devient rouge ocre, contrastant avec les arbres qui n’ont pas encore perdu leurs feuilles, et se dessine des terrasses suivant les contours du terrain. Ça et là, des petits palmiers complètent le décor. Mon appareil photo est sur mes genoux, prêt à shooter entre les arbres le moindre bout de terrasses qui se présente à moi, mais le bus roule trop vite, la route trop sinueuse, la vitre trop sale. Finalement vers midi, au bout d’une gorge grise, là, juste au dessus du col, un bout de ciel bleu, le soleil arrivant à filtrer à travers tout ces obstacles pour éclaire les flancs de la montagne… de toute sa force, et on le sent bien, très vite. Le bus s’arrête dans une gargote au bord de la route, juste après que Feng ait partagé avec moi son sachet de nouilles instantanées, sans eau, nourrissant mais j’ai l’estomac bouché. Et la route reprend, on se plus serein avec ce temps, ou alors la route est meilleure ?

En fin d’après-midi, nous voilà finalement au dessus de Lijiang. Le bus s’est arrêté une dizaine de fois le long des villages pour prendre et déposer des gens et des familles, chargés d’enfants ou de sacs en toile, tous à la peau de plus en plus foncée, aux cheveux noirs, au regard dur. Difficile de se comparer à eux, moi touriste qui vient visiter Lijiang, eux … ?

Mahjong

J’ai dans mon sac une ou deux adresses où aller toquer pour dormir, mais rien de réserver. Au moment de récupérer mon sac dans la soute du bus, Feng m’invite à se joindre à lui pour aller dans une guest-house que lui a conseillé le chauffeur de bus avec qui il a pu discuter un peu pendant le voyage. On repart donc dans le bus, vide à part nous deux et le chauffeur, qui nous dépose un peu plus loin, où on loge dans une chambre double avec salle de bain privé pour 25 Yuan la nuit chacun. Je suis malgré tout un peu inquiet, car je dois renouveller mon visa le lendemain, et je sais que je dois me faire enregistrer par la police en arrivant ici, mais la guest-house ne l’a pas fait visiblement. Je tente de l’expliquer tant bien que mal à Feng, qui tente de le traduire en chinois à la propriétaire, mais la communication passe mal on dirait. On passera la soirée à visiter rapidement la “vieille” ville de Lijiang après avoir mangé un riz frit dans un restaurant pas très loin. En revenant, le chauffeur de bus est en train de jouer au mahjong avec des amis à lui devant la cours de la guest-house : j’ai beau les regarder jouer, je ne comprends décidément rien à leur règle, ou alors j’ai vraiment tout oublier…

Destination visa

Cuisine dans la rue

Le lendemain matin, armé de ma carte et de ma boussole, je sors de la guest-house pour aller au fameux PSB, le Public Security Bureau pour faire renouveller mon visa qui arrive à expiration dans 4 jours. Le temps est super clair, pas un nuage en vue, un splendide ciel bleu … mais il fait quand même pas super chaud. Il est lundi, dans la rue les restaurants se préparent pour la journée ou la semaine. En passant, deux ou trois personnes sont en train de laver une carcasse de mouton fraichement coupée à même le trottoir, à grand coup de jet d’eau… Le sang et l’eau coulent jusqu’au caniveau, il faut faire attention où on pose les pieds. Juste à coté, un gars est en train de finir de brûler les poils de la tête du mouton posé, encore une fois, directement sur le trottoir. Mon estomac ferme les yeux et je me dirige loin de là dans la bonne direction.

En arrivant, le PSB est vide, à part une demi-douzaine d’employés. Je me dirige vers le guichet pour les visas, et je suis accueilli par une chinois qui parle un anglais impeccable, meilleur que le mien, et visiblement bien au courant de la procédure. Évidemment, elle me demande presque tout de suite si je me suis fais enregistrer auprès de la police, chose que la guest-house n’a pas faite. Pas grave, je lui donne la carte de visite et elle appelle la propriétaire, qui n’a pas l’air d’être au courant qu’il faut enregistrer les étrangers. Après plusieurs minutes d’une discussion assez mouvementé, la policière me dit qu’il faut que je retourne à ma guest-house et que la propriétaire est d’accord pour aller au bureau de police avec moi pour m’enregistrer. Sinon, elle est aussi d’accord pour que je partes pour trouver un autre endroit où dormir et où les gens parlent anglais… Bon, vu la tournure des évènements, je me dis qu’il serait tout aussi bien que je change d’endroit pour trouver quelque part où ils ont l’habitude d’accueillir des étrangers. De retour à la guest-house, je prépare mon sac et tente d’annoncer à la propriétaire que je vais partir. Elle me dit d’attendre un peu, et je laisse ma part d’argent sous le téléphone de Feng dans la chambre pour qu’il paye ma nuit quand il rentrera. Quelques instants plus tard, la propriétaire revient, sur son trente et un, jette un coup d’oeil dans la chambre et arrive à voir quand même les sous que j’avais soigneusement dissimulés sous le téléphone… On dirait que ça pose problème… Finalement, elle m’accompagne jusqu’à la voiture avec son mari (?) et je m’apprête à atterrir dans une nouvelle auberge, mais finalement on s’arrête devant un bureau de police. S’ensuit pendant une bonne dizaine de minutes une discussion intense entre la propriétaire et les policiers du poste, chacun jetant un oeil à mon passeport et en me désignant du doigt l’oeil méchant. Aucune idée de ce qui se passe, tout le monde parle en chinois, mais j’ai l’impression de passer un mauvais quart d’heure. Finalement, un nouveau policier arrive, qui parle un peu anglais, et m’annonce tout droit qu’il faut que je me fasse enregistrer en arrivant dans une nouvelle ville, et que mon visa arrive à expiration et qu’il va falloir que je quitte le pays bientôt. On est en Chine, il faut garder le sourire avant tout : je lui explique que je cherche à m’enregistrer depuis hier, que c’est bien la première fois que je cours après leur sacré papier, et qu’il m’a été demandé ce matin même alors que je voulais renouveler mon visa. Il me regarde de travers, me ressort son même discours, passe derrière son bureau, et 5 minutes plus tard, ça y est, je tiens le Graal dans mes mains, le fameux certificat d’arrivé dans une ville. Que d’aventure.

La propriétaire de la guest-house s’étant apparemment faite remontée les bretelles parce qu’elle n’avait jamais enregistré aucun des étrangers qu’elle avait reçu, me demande gentiment si je peux pas aller ailleurs pour se soir. Je pense que vu la situation, ça me semble également une bonne idée. De toutes façons, le PSB est fermé jusqu’à 15h30 et il n’est pas encore midi, j’ai largement le temps. Après avoir traversé la moitié de la ville à pied et parcouru la moitié des rues de la vieille ville, j’arrive finalement à une auberge internationale, qui m’enregistre par informatique en une dizaine de secondes… Puis, c’est reparti dans l’autre sens, retraversé de la vieille ville toute propre, traversé du marche qui se termine, en bordure de la ville, aussi sale, puant et authentique que cette vieille ville est propre et toute reconstruite et arrivé au PSB, où en 10 minutes les formalités sont remplies… J’ai plus qu’à repasser dans deux jours… Là, je suis fatigué.

Lijiang

Le lendemain, il fait gris et froid. Ça tombe bien, j’ai 90% de mes vêtements à laver et juste un short, un vieux t-shirt et une vieille polaire à me mettre en attendant, le moment idéal à passer à ne rien faire à l’auberge… Le soir, mon linge est sec (merci le vent) et je sors quand même faire un tour dehors avec un jeune couple de français de passage, manger quelques snacks et des gâteaux de riz (quelle idée 🙁 )

Lijiang de nuit

Lijiang est une ville divisée en deux parties : mon auberge se trouve dans ce qui est considéré comme la “vieille ville”, tout un ensemble de petites ruelles pavées et de maisons pas très hautes, à un ou deux étages, de construction Naxi. Adossée sur le flanc d’une petite colline, elle est entourée de part et d’autres par la “nouvelle ville”, qui est en fait vraiment nouvelle puisqu’un tremblement de terre il y a quelques années à détruit 90% des bâtiments du coin. La légende dit que les bâtiments Naxi ont plutôt bien résisté, contrairement à ce qui avait été construit après, et que finalement le gouvernement s’est intéressé de plus près à eux…

Lijiang même se trouve dans une grande vallée bien plate, entourée par des montagnes qui montent assez vite, très hautes : déjà à plus de 2000 mètres d’altitude, les sommets qu’on peut voir depuis la ville dépassent les 6000 mètres… Pourtant, on est déjà bien au sud, et il fait pas si froid ici…

Le 14 décembre, tout propre, je pars récupérer mon nouveau visa ; 10 minutes plus tard et 160 Yuan en moins, me voilà avec une extension tout propre, qui me permet de rester 30 jours de plus en Chine ! Si ce n’était ce problème d’enregistrement à l’hôtel, ça aura été une expérience plutôt positive… Je prends un bus qui m’emmène vers le nord de la ville où je cherche un endroit pour louer un vélo, mais juste à coté de l’arrêt de bus commence un grand marché, un peu à l’abri de la zone touristique de la ville. Affamé, à passer à travers les étals remplis de légumes et de morceaux de bidoche pendant à des crochets, je m’arrête dans une gargotte qui sent bon la nouille fraîche pour déguster un grand bol de soupe avec de grosses nouilles plates de riz pour une poignée de Yuan.

Panorama de Black Dragon Pool

Je ne trouverais finalement pas ce magasin de location de vélo, mon plan et mes indications pas vraiment au point. Dans une rue un peu plus loin, les décorations et les images sur un bâtiment me font furieusement penser à un restaurant coréen… et je ne m’y trompe pas. Quelques centaines de mètres après commence la “grosse” colline de la ville, avec à ses pieds plusieurs petits lacs qui forment ce qu’on appelle Black Dragon Pool, petits ponts voûtés et pavillons au bord de l’eau. La partir nord est gratuite et pas forcément exceptionnel. Ça et là, les gens se promènent, les enfants jouent au bord de l’eau, une personne âgée s’est endormie adossée à un arbre. Le temps est très calme, la montagne se reflète admirablement dans l’eau du lac, l’arche des ponts se complète presque parfaitement… J’arrive finalement dans la deuxième partie, où il faut montrer patte blanche pour rentrer, ou plutôt le fameux ticket de “préservation de la vieille ville de Lijiang”, petite taxe touristique de 80 Yuan. J’ai pourtant lu qu’on pouvait contourner l’entrée pour ne pas à avoir payer l’accès aux bassins, mais je dois pas être au bon endroit. Assis sur un banc juste à coté du guichet d’entrée, en train de regarder si je peux trouver des infos sur ce fameux passage sur mon ordinateur, je sens discrètement quelqu’un qui s’assoit à coté de moi pendant quelques secondes et repart en rigolant avec sa copine pour tenter de passer l’entrée, sans succès…

Jade Dragon Snow Mountain

Finalement sans plus d’informations, je repars faire un tour pour sortir du parc, et je recroise les deux filles chinoises qui venaient de me prendre en photo sur le banc et qui me disent dans un anglais un peu hésitant qu’il n’y a pas de passage où je vais; l’après-midi commence plutôt mal. On repart tout les trois dans la même direction, le long du parc vers la vieille ville. Je leur dis que j’aimerais bien monter au sommet de cette colline qui nous surplombe, et malgré leurs jupes et leur chaussures pas vraiment prévues pour, elles semblent décider à m’accompagner. Un peu plus loin, juste après l’entrée officiel du parc, on passe par dessus un mur et on atterrit dans une grande école, complètement vide depuis pas mal de temps il semblerait. Bâtiment fantôme, on croise quand même quelqu’un à qui elles demandent le chemin et nous voilà finalement sur un tout petit sentier en terre rouge ocre, qui s’enfonce tout doucement dans la forêt en direction de la colline. Les collant et les chaussures à petits talons n’arrêtent pas Wang et sa “soeur” Li, pourtant le chemin n’est pas forcément évident, parsemé de buissons bas, de poussière et de vieilles tombes. Après une bonne trentaine de minutes de marche hasardeuse, on rejoint un escalier tout propre en pierre : d’un coté il monte vers le sommet de la colline, de l’autre semble descendre tout droit vers le Black Dragon Pool qu’on surplombe désormais ; le voilà notre passage ! On file faire un tour au sommet de la montagne et le temps est juste assez clément pour laisser filtrer le haut de la plus haute montagne Jade Dragon Snow Mountainà travers les nuages. Sur le chemin en descendant, on a une vue implacable sur les toits de la vieille ville qui semblent former un grande carapace noire à cette distance; quelques rayons de soleil filtrent à travers la couche nuageuse et éclairent faiblement la ville. Tout autour, on peut voir la plaine de Lijiang et on devine les villages au loin. On continue à descendre, les bâtiments réapparaissent, les gens aussi et après quelques dernières marches, nous voilà dans le fameux parc. Un peu plus intéressant que la partie nord, on peut prendre la fameuse photo avec le pont se reflétant dans l’eau et la montagne au sommet enneigé dans le fond. Malgré le monde, c’est un endroit assez calme qui aspire à la relaxation, dans un pavillon au bord de l’eau. Pour terminer la journée, je me ferais inviter à manger au restaurant, très épicé mais très bon…

Panorama de Black Dragon Pool

Villages Naxi

Village Naxi de Baisha

Bien décidé à vouloir faire du vélo cette fois, je repars le lendemain avec de nouvelles indications vers ma location de vélo, et cette fois je trouve (cette statue de Mao est quand même suffisamment grande pour ne pas la rater). Avec ma nouvelle monture et un plan hasardeux tracé à la main, je file vers le nord pour aller visiter des villages de la minorité Naxi. Il y en a un assez connu, Baisha, qui est facilement trouvable avec la carte. Pas vraiment ce qui m’intéressait le plus, mais à me lever tard et avec ma carte un peu limitée, c’était le plus facile. Je squizze l’entrée du village pour passer dans des ruelles un peu à coté, vide à part quelques gamins qui s’enfuit en rigolant en me voyant et une ou deux personnes âgées au grand sourire. Même si on trouve des similitudes dans l’aspect général, les maisons sont assez différente de ce qu’on peut trouver dans Lijiang même, la brique de terre ocre est de rigueur ici. Au travers d’une cours, on en voit tout un tas, fraîchement moulées : grossières avec leurs formes un peu rectangulaires mais pas tout à fait et leur morceaux de pailles qui dépassent encore, mais assez raffinées malgré tout, bien tassées, de la même taille, et elles sonnent bien. Sous les toits, sèches des bottes de maïs comme des gros épis, jaunes sur fond de briques ocres : même si on est en Chine, le maïs est un aliment de base pour les Naxi, plus facile à produire et moins cher que le riz qui était alors un aliment presque de luxe.

En rentrant dans le coeur du village, pavé comme les rues de Lijiang (super pour faire du vélo, ça empêche pas les scooters d’aller à fond ceci dit…), on retrouve un peu cette atmosphère de village touristique, même si ce n’est pas la même échelle que Lijiang même; juste quelques boutiques vendant des babioles, quelques souvenirs Naxi mélangés avec des produits Tibétains, un ou deux café… Ce village est quand même réputé pour sa broderie spéciale en soie, d’une qualité qui faisait envier les empereurs chinois et faisait le bonheur des marchands le long de la route de la soie qui passait par ici. Spécialité des Naxi, ce travail long et difficile avait tendance à se perdre depuis plusieurs années, mais dans sa grande bonté, le gouvernement Chinois a décidé de sauvegarder ce patrimoine et de fonder un institut complètement dédié à ce travail. Depuis plusieurs années, les quelques vieilles femmes Naxi qui avaient encore les compétences pour ont relancé le commerce, formé de nouvelles aspirantes (principalement) et promulgué leur art à qui voulait encore l’entendre. Aujourd’hui, la plupart des femmes du village se sont relancés dans ce domaine, modestement, mais ça leur permet de vendre quelques toiles de temps en temps pour arrondir leur maigre fin de mois. Pendant ce temps, des jeunes femmes, accueillant les étrangers à l’institut, continuent de faire leurs études d’anglais à l’université tout en passant leurs week-ends et leurs vacances à broder dans l’espoir de se consacrer dans quelques années entièrement à cette activité pour gagner leur vie, et d’ici une vingtaine d’années devenir “maître brodeur”… À l’entrée de l’institut, quelques femmes sont penchées sur leur métier, de différentes tailles, différentes qualités. Une aspirante, étudiante en anglais justement, m’explique leur travail : elle vient juste de commencer une nouvelle broderie, et doit préparer les fils de soie. À son niveau, elle peut séparer un fil en 8 fils plus fins qui lui serviront à faire des mélanges de couleurs pour s’approcher du modèle. Son maître et professeur à coté peut séparer le fil jusqu’à 128 fois… Dans leur showroom dans le fond, tout un ensemble de broderies faites par des étudiants ou par les maîtres de l’institut, à vendre pour la plupart. Les petits modèles faits par les femmes du village ou les étudiants sont autour de 100 Yuan, les grand modèles montent à plus de 80000 Yuan… Je réussi à m’échapper poliment sans vider mon porte-feuille, malgré le sourire fatal de ces Naxi…

Sur le chemin du retour, je m’arrête pour acheter des chips le long de la route, au détour d’un virage improbable, toute fraîchement cuite sous mes yeux. Pas sûr que ça soit de la pomme de terre, mais c’est bon, et super épicé, parfait pour déguster au retour avec une Tsingtao. Suivant mon instinct naturel et ma boussole, je repars vers le sud en direction de Lijiang et croise en chemin la nouvelle voie rapide qui a l’air de faire le tour de la ville. L’expression du anglais freeway prend ici tout son sens : seul une moitié de la route est goudronnée (les ouvriers sont en train de faire l’autre morceau), suffisamment large pour y mettre 4 voies, mais sans aucun marquage encore. Ça n’empêche pas les vélos, tracteurs, camions de toutes sortes et voitures de circuler allègrement sur cette portion, doublant comme ça leur chante, roulant là où il y a de la place, et suffisamment vite pour disparaître avant que j’ai eu le temps de me retourner pour voir qui arrivait… Conscient que je suis sans doutes pas forcément à la bonne place, je sors de cette autoroute décidément dangereuse et rentre dans une espèce de terrain vague, moitié chantier, moitié route finie avec les arbres plantés, les lignes tracées, mais à l’intérêt douteux (un coté donne sur un grand terrain vague poussiéreux, l’autre coté s’arrête dans un champ). C’est le moment parfait pour tester mes nouvelles cuisses de voyageurs, poursuivi par une horde de chiens errants qui n’ont pas l’air content. Pédalant soudainement un peu plus vite, je réussi quand même à en toucher un à la gueule, pas assez fort pour autant. Plus de peur que de mal au final…

Tiger Leaping Gorge

Le 16 décembre, c’est le grand jour pour partir affronter la fameuse Tiger Leaping Gorge. À l’auberge, ce nom est sur toutes les lèvres, et les questions reviennent à chaque nouvelles rencontres : est-ce que tu y es allé, quand y vas-tu, est-ce que c’est dur, combien de temps, comment, etc. Déjà à Luoyang, Hatti, randonneuse aguerrie, m’en avait parlé et m’avait conseillé d’y aller faire un tour si possible. Mais arrivé à Lijiang, avec le froid, ça partait mal, et après avoir lu quelques vieux articles dessus où ça paraissait plutôt compliqué comme randonnée, j’avais mis un peu le projet en attente. Pourtant, tout les jours, des gens quittaient l’auberge pour revenir le lendemain soir, un peu fatigué, mais vivant et content de l’expérience, et après qu’un autrichien, fou amoureux d’une française qui le délaisse, soit revenu en me criant en arrivant “tu peux y aller, il fait pas froid”, j’étais prêt à relever le défi.

Entrée de Tiger Leaping Gorge

Donc, le 16 au petit matin, je me lève assez tôt avec Luke, mon compagnon de voyage anglais, pour prendre le bus à 8h en direction de Qiaotou. Deux bonnes heures plus tard, après une route calme mais un peu tournante, passant par delà les collines et perdant bien de l’altitude après les 2400 mètres de Lijiang. On retrouve aussi le long du chemin les fameuses terrasses que j’avais vu pour arriver à Lijiang, on ne s’en lasse pas… Vers 10h30, nous voilà enfin arrivé, sur la route à notre droite s’ouvre les gorges : ça à l’air grand, mais on a quand même du mal à se rendre compte du truc de loin. Après avoir payé les 50 Yuan de droit d’entrée, chacun se regarde dans le bus pour savoir si oui ou non on est arrivé à destination, puis tout le monde descend finalement. Armé d’un plan tracé à la main, pas très précis concernant le début de la piste, chaque groupe essaye de trouver l’endroit d’où démarrer. On passera presque une demi-heure avec Luke, entre deux routes, quelques panneaux un peu fumeux et quelques rencontres d’autres randonneurs aussi au courant que nous, mais finalement on partira sur la bonne route. Il est 11h15 et le soleil tape déjà bien : il ne va pas faire froid…

Comme partout en Chine, le chemin est bien poussiéreux, chacun se suit mais on évite de taper les pieds trop fort par terre. Au bout d’une dizaine de minutes à monter tranquillement à flanc de la montagne, on arrive à un premier “village”, qui est plus un rassemblement de maison avec un café, malheureusement fermé à cette époque de l’année. Au bout de de village, on a un petit point de vue sur les terrasses qui commencent tout juste à être éclairée par le soleil. Un petit groupe de randonneurs s’est formé : Luke et moi, un coréen avec son drapeau Cass que j’avais repéré de loin, un couple d’australien et un couple de chinois, tout les 4 de mon âge à peu près. Et le sentier commence à s’avancer dans la gorge. Très rapidement, on passe un premier point de vue officie où on prend quelques photos avec Luke, pour s’apercevoir que la vieille femme qui vendait des snacks et des boissons derrière nous veut aussi nous faire payer les photos… Un peu agacé, j’efface mes photos mais Luke payera un ou deux Yuan pour faire taire la femme. Je lui promets une bière en échange… C’est vrai que la vue est assez impressionnante, mais on ne s’en lassera pas pendant deux jours. En rattrapant les autres qui nous avaient un peu précédés, on croise une jeune fille Naxi et sa mère (?), en train de ramener un énorme cochon vers le prochain village. Sympa, le cochon nous laissera passer.

Festin après tant d'effort

Finalement, on marche plutôt pas mal avec Luke et on rattrape les autres rapidement, et on les dépasses même. Pendant une vingtaine de minutes, on jouera à l’accordéon, à les attendre en prenant quelques photos puis les dépasser. Puis, nous voilà au premier village de grande taille, avec en premier plan une guest-house Naxi qui sert de fameux plats parait-il. Mais on n’est pas encore fatigué, et ça fait à peine 30 minutes qu’on marche. Avec notre ami coréen, on continue donc en laissant les autres s’attabler. D’après notre plan, le prochain arrêt se trouve dans 2 heures, c’est parfait. Par contre, on s’attaque juste après au gros morceau de la randonnées : ça commence à grimper très fort, très vite. C’est pas très long, mais 40 minutes plus tard, en arrivant au sommet de la montée sur un magnifique point de vue, les jambes tremblent un peu. De là, on peut voir le début des gorges, la Jade Dragon Snow Mountain et ces plus de 5800 mètres d’altitude, tombant tout droit jusqu’au fond de la gorge, et la rivière au fond qui s’enfuit de l’autre coté. Le point de vue est payant aussi, mais personne pour faire payer, j’en profite donc en attendant Luke et notre coréen.

Allemand, anglais et coréen

La suite du chemin est plutôt facile, après avoir bien galeré pour monter, nous voilà bon pour une grosse descente, en bas de laquelle on rattrape un allemand de notre âge qui avait dû partir un pu plus tôt que nous dans la matinée. Du haut de son promontoire où on le rejoins, on peut voir le prochain village, où nous attend enfin notre repas qui nous parait bien mérité maintenant. Dans une belle guest-house, on nous sort un menu écrit sur des baguettes reliées ensemble par une fine corde, pas très cher et plutôt bon. Il est 16h, derrière moi le soleil éclaire de tout feu notre coté de la montagne. Il fait bon, c’est calme, on s’y trouve bien ici. Mais on encore du chemin à faire. Court en temps, long en distance : c’est tout plat maintenant, on marche à flanc de falaise. Sur la route, on croise quelques locaux en train de fumer leur cigarettes sur le coté, à qui on lance des “Ni Hao” acquiescé d’un bref mouvement de tête. Pour les accompagner, il y a quelques troupeaux de chèvres qui s’en donne à coeur joie à manger l’herbe rase d’hiver, et se tenir en équilibre le long de la falaise. Sur le chemin au loin, on peut voir un sac jaune qui avance vaillamment, sur qui on gagne tout doucement. En fait d’un sac jaune, c’est un autre chinois venu randonner lui aussi.

Et puis c’est l’arrivé à notre dernière guest-house, là où on va passer la nuit, annoncer avec des toilettes “panoramiques” avec une vue imprenables sur la montagne. On prend un lit dans le dortoir le moins cher qui est annoncé comme “froid” : vu l’isolation des fenêtres et de la porte, on comprend un peu mieux. Heureusement, il y a 8 lits, et nous ne somme que 4 à dormir ici, avec une deuxième couverture en plus, la nuit passera sans problème. Fatigué, chacun vaque à ses occupations en regardant la nuit tombé en face de nous. Vers 19h, affamés, on commande quelques plats avec Luke, accompagnés de quelques bières et on passera un court repas à discuter avec un australien et son père, rejoins un peu plus tard par une australienne et sa fille et par un jeune coréen qui venait d’arriver. D’ailleurs, les coréens aiment bien la montagne, ça je le savais. Mais ici, et dans la guest-house précédente aussi, c’est flagrant : plus de la moitié des cartes postales, affiches, textes sont en coréens et le menu propose aussi quelques plats coréens (qui veut du kimchi ?) Comme quoi… La nuit tombé, tout le monde part se coucher. Il commence à faire bien froid maintenant, autour de 4/5°C. Dehors, il n’y a que le bruit de la montagne, et pas une lumière pour observer le ciel; sur la terrasse de la guest-house, allongé sur un des transats, on se prendrait presque à passer la nuit dehors. En face, de l’autre coté de la gorge, tout est noir, mais on sent qu’il y a quelque chose de tout proche malgré tout…

Tiger Leaping Gorge (2ème jour)

Le lendemain matin, vers 7h, le ciel commence à s’éclaircir suffisamment pour envisager de partir. Après un petit déjeuner frugal, nous voilà, juste moi et Luke, sur le chemin à 8h. À travers les arbres au dessus de nous, on peut voir le sommet de la montagne qui commence à s’éclairer d’un jaune brillant, contrastant avec l’obscurité de la matinée. On doit avoir pour 2h30 de marche pour atteindre le prochain village, qui est plus ou moins la fin de la piste, mais finalement, après 45 minutes de marche et quelques cascades, nous voilà arriver à notre dernière guest-house. Du coup, on a encore pas mal de temps devant nous. Notre ticket pour le bus du retour dans la poche, on continue à avancer un peu pour descendre au fond de la gorge : la piste qu’on a pris jusqu’à présent était sponsorisée par le gouvernement chinois, mais les villageois ont fait eux même le dernier chemin qui mène vers la rivière. Quelques Yuan en moins, on commence un descente quasi verticale, assez dangereuse à cause de la poussière du chemin et de l’eau qui s’infiltre à quelques endroits, rendant le tout boueux à souhait. Il y a deux voies pour rejoindre la rivière : celle qu’on a pris passe par deux échelles, dont une grande d’une bonne quinzaine de mètres de long, à l’allure un peu inquiétante, et au métal froid … comme du métal froid. Il est 10h du matin, et la température est toujours de 6°C. C’est confortable malgré tout, vu comment on bouge et vu qu’il n’y a pas de vent.

"Tiger Leaping Gorge"

Finalement, on arrive en bas du chemin, devant un énorme amas de cailloux, plus ou moins exploités par les locaux. En haut saison, ça doit être l’horreur et on ne doit pas pouvoir faire un mouvement ou prendre une photo sans qu’on vienne nous demander de participer à l’effort du village. Mais aujourd’hui, il n’y a quasiment personne, et on peut profiter tranquillement du paysage. On a un peu du mal à s’en rendre compte, mais la falaise de l’autre coté de la rivière monte quasiment à pic pendant 2000 mètres… En se retournant pour voir d’où on est arrivé, on se dit tout les deux que c’est pas possible qu’on repasse par là : on a mis 45 minutes à descendre les 200 mètres entre la route et la rivière, mais on va mourir avant d’arriver en haut si on reprend ce chemin. Heureusement, il y a deuxième chemin, creusé à travers la paroi de la montagne, et qui part (beaucoup) plus loin vers le fond de la gorge. Bon, il faut repayer encore, mais pour 10 Yuan, on n’y laissera pas notre peau au moins. On continuera à monter tranquillement à travers les champs et les terrasses toutes juste plantées pour finalement rejoindre la route vers 12h30. Fatigué mais content, on rejoint la guest-house où on est arrivé ce matin pour prendre un solide déjeuner, arrosé de quelques bouteilles de bières pour célébrer notre randonnée achevée avec succès. En attendant notre bus, je tente de faire un somme, mais malgré le soleil qui chauffe bien quand on est dessous, le vent s’est levé et j’ai pas très chaud.

Libellules frites

À 16h, le bus nous prend devant la guest-house, et nous conduit sur la nouvelle route en bas de la gorge. À 18h30, nous voilà arriver à l’auberge, assez fatigués. Mon sac est toujours là, on mange un bout avec Luke et quelques personnes qui nous ont rejoins. Près à aller me coucher, je croise un autre anglais avec qui j’avais discuté un peu avant de partir, qui me propose d’aller manger quelques snacks dans la rue. À moitié envieux, à moitié endormi, un jeune couple espagnol/japonais nous accompagne dans un gargotte pour manger des libellules et des feuilles de menthes frites, un délice. Un peu plus tard, dans un bar clandestin privé, je m’endors avant de ce décider à rejoindre l’auberge vers minuit…

Vers le sud

Au départ de Lijiang

Le 10 au petit matin, je me relève assez tôt pour prendre le bus pour aller à la gare de Lijiang : destination Dali, une autre petite ville touristique en se rapprochant de Kunming, à deux petites heures de Lijiang. Arrivé en fin de matinée, j’ai rejoins ma nouvelle auberge où j’ai pas fais grand chose, à part manger, me reposer, écrire. Le soir, j’ai rencontré Cecillia, hong-kongaise vivant à Beijing avec qui j’ai pas mal discuté. Le lendemain, le réveil est difficile. Je dois prendre un bus de nuit vers 19h, et pas grand chose à faire en attendant. Cecillia, avec qui je partage le même dortoir, non plus, et on part faire un tour dans la ville. Après un bon gros café pour se réveiller, on ira marcher jusqu’au lac tout en discutant de la vie et de l’univers. Dali semble une jolie petite ville, touristique mais moins marquant que Lijiang sans doutes. Mais je suis resté trop peu longtemps pour l’apprécier.

En fin d’après-midi, je prends un bus pour me rendre à la gare routière et acheter mon billet. Pour mon premier voyage en bus couchette, vers une destination comme j’aurais voulu en avoir tout les jours pendant mon voyage.

Le prochain arrêt où je passerais Noël sera Yingjiang.


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2 Responses to Quelques jours à Lijiang

  1. Solène says:

    Les photos sont toujours autant splendides, je dirais même plus ! Les gorges…WAHOU… !
    Et le récit toujours très agréable à lire !

  2. gabin says:

    j’espère que vous allez aimer le vietnam autant que nous l’apprécions,à hoi an la nourriture est délicieuse,profitez pleinement de ce séjour bises à vous trois
    gisèle

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