1 mois à Yingjiang : 1er jour (1/3)

Da Yianjiang

Tout a commencé il y a presque un an de ça. Quelques jours avant mon départ pour la Chine, je m’étais inscrits au groupe de discussion sur la Chine sur le site Couchsurfing.org et j’avais laissé les messages arriver dans ma boite mail sans trop y consacrer d’importance. À mon arrivé en Chine, mes plans sont proches du néant : quelques trucs à faire à Beijing (genre, visiter la Grande Muraille), quelques toutes petites idées sur ma prochaine destination … et c’est à peu près tout. C’était un peu léger. Quelques jours plus tard, je me décide enfin à jeter un oeil aux messages qui me sont arrivés via ce groupe, et l’un des premiers que je lis est un message de Yang (doit falloir s’inscrire pour le voir), un peu expéditif, qui dit en substance de venir à Yingjiang, Yunnan célébrer la fête de l’eau. Ça parle de Myanmar, Yunnan, frontières et magie. Je tombe tout de suite amoureux, nous somme le 13 avril 2011.

Mais le temps avance, l’été approche, la mousson et la chaleur dans le sud me font hésiter, la Corée m’attire irrésistiblement, je note l’endroit sur ma carte, et je passe à la suite.

8 mois plus tard, je n’avais pas oublié, et le 19 décembre 2011, je prends un bus de nuit pour débarquer à Yingjiang, Yunnan, China.

C’est mon premier bus de nuit chinois aussi. Le train, c’est assez facile à prendre : on peut trouver les horaires et les destinations sur Internet facilement, au pire les gens connaissent ou trouvent en un clin d’oeil. Les bus, c’est déjà un peu plus compliqué : il faut aller à la station de bus (ou téléphoner, en chinois…), et déjà trouver la station de bus car la plupart des villes de taille “moyennes” peuvent en avoir plusieurs. À Dali, on m’avait dit d’aller voir à telle station de bus, et qu’à 19h15, le bus partait pour arriver à Yingjiang aux alentours de 6h30 du matin. En arrivant 2 bonnes heures plus tôt, j’arrive à choper un billet de train et à avoir suffisamment de temps pour aller manger un plat (au pif) dans une boutique à quelques minutes de la station. Arrivé au bus avant le départ, le chauffeur me regarde un peu perplexe, puis très accueillant me demande mon billet et me conduit jusqu’à ma couchette. Je lui fais signe que j’ai un sac de 60 litres dans mon dos, et que dans la soute ça serait pas mal. Mais avec un grand sourire, il me dit de le mettre où il a de la place, dans le bus. La, ça se complique un peu : le bus est divisé en 5 rangés dans le sens de la longueur, 3 rangés de lits séparés par 2 couloirs, tous de la même largeur, c’est à dire à peu près 50 centimètres. J’ai vraiment du mal à passer avec mon gros sac dans le dos. Allongé dans la couchette, je touche largement le fond du lit avec mes pieds et juste au dessus, une toute petite étagère pour poser l’équivalent de mes chaussures… Je regarde tout autour de moi, sous les couchettes (deux couchettes superposées l’une sur l’autre quand même), mais là tout de suite, tout les emplacements sont occupés par des cartons de mandarines, il y en a même dans les couloirs. Ah, c’est difficile. Résolu à ne pas dormir avec mon sac sur moi, je le pose à un endroit où il y a encore de la place, un peu au milieu d’une allée. Visiblement, il ne dérangera pas plus qu’un carton de fruit.

Et puis le bus s’en va. J’essaie de dormir, malgré les routes chinoises chaotiques, la tête coincée contre la vitre, éclairée tout les 15 seconds par les voitures qu’on croise de l’autre coté. Pendant une quinzaine de minutes, je me demande comment mon estomac va répondre à cette agression de virages dans cette position, mais finalement je m’en sors pas trop mal. Quelques heures plus tard, je me réveille sans trop savoir où je suis : le bus est arrêté visiblement dans une ville, il est 6h du matin, et des gens sont en train de vider les cartons de mandarines par la porte arrière. Pas mal de personnes sont encore endormies dans le bus, et supposant que Yingjiang est bien le terminus de ce véhicule, j’imagine qu’on me fera bien remarqué que là, il faut que je sortes. Une bonne grosse demi-heure plus tard, le bus repart pour quelques minutes et s’arrête dans un truc qui ressemble plus à une gare routière qu’à un milieu quelconque de ville. Il est 6h45, là je crois que je suis arrivé.

Première journée à Yingjiang

Quelques dizaines de minutes plus tard, Yang apparaît au détour d’un bâtiment, armé de son vélo tout terrain … Décathlon, venu tout droit d’une des usines de Guangzhou (Canton), fief des usines de marques occidentales… Il me guide à travers la ville qui commence tout juste à se réveiller vers 8h du matin : les rues commerçantes sont encore désertes, et les “grandes” artères de la ville frémissent à peine. Après un bon bol de nouilles bien épicé, on rentre chez lui où il me montre ma chambre que sa mère a préparée pour moi, spartiate avec ses murs et son sol en béton brut et ses fenêtres en bois mal ajustées, mais suffisante pour ce que j’ai à y faire. Mes émotions à mon premier contact avec le confort chinois à Xi’an ont depuis longtemps disparues.

Après une petite heure de sommeil pour rattraper ma nuit un peu mouvementée, on ressort dans la ville qui cette fois regorge d’activité : sur les trottoirs, les femmes s’activent à vendre quelques fruits et légumes, coiffées de leur chapeaux en triangle à la vietnamienne, portant sur leur dos de gros sac en treillis de bambous, ou des enfants dans des “sacs” en tissus rouges foncés. En rentrant dans le bus, Yang me fait découvrir parmi mes premières minorités chinoises (les premières étant les Naxi de Lijiang en fait), les Dai, une minorité qui représente plus de 50% de la population du coin… On part rapidement de l’autre coté de la ville, dans ce minibus chaotique, un peu bondé, remplis de gens et des fameux paniers en bambous. Yang me dit qu’on va récupérer un mini-van comme les taxis du coin pour aller visiter des villages dans la campagne. Un peu intrigué par cette annonce, je me demande ce qui nous attend au tournant. À la sortie de la ville, le bus nous dépose sur une nouvelle route toute neuve, au goudron déjà chauffé par le soleil, aux abords encore nus de terre rouge et des trottoirs recouverts d’une fine pellicule de poussière. On s’aventure sur un chemin complètement défoncé pour atterrir quelques centaines de mètres plus loin sur … la “prison” du coin, petit centre pénitentiaire aux allures de vieux chenil et à la grande porte d’entrée branlante. Là, nous attend notre fameuse voiture, et aussi les bureaux de l’association caritative pour laquelle Yang est volontaire. On part peu de temps après avec une collègue de Yang qui s’occupe des élèves volontaires de la ville, chargés de toutes sortes de tâches, et après avoir récupéré une deuxième collègue à Yang, au visage foncé et coupant, on file vers la campagne.

Très vite, la ville s’éteint, les bâtiments font places à des champs de cannes à sucre, entre-coupé de temps en temps de plantations de bananes ou de bosquets de bambous. Parfois, on traverse un village, petit hameau de cahutes en briques de terre, les femmes travaillant devant leurs maisons, les hommes fumant leur cigarette adossés à leur moto, les enfants jouant au milieu de tout ça. Sur les murs de certaines maisons, de grandes publicités blanches, rouges ou bleues, peintes à la main à même les murs, pour une des compagnies de téléphone mobile chinoise. La route goudronnée à laisser place à une route faite de gros pavés un peu disjoint, pas vraiment confortable à voiture, l’horreur en moto, l’apocalypse en vélo.

Repas de fête

Au bout de plusieurs kilomètres de cette, on s’arrête dans un village un peu vide, juste un petit regroupement de personne dans un coin. Un jeune garçon d’une douzaine d’année au teint foncé, l’air un peu voyou, arrête sa moto à coté de nous et nous fait signe de le suivre. On rebrousse chemin sur quelques centaines de mètres, prend une nouvelle rue et on s’arrête pas très loin d’une maison qui sent l’agitation et la fête. Et pour une fête, s’en est une grande : une des volontaires dont s’occupe l’association vient d’emménager dans une nouvelle maison, et le village fête donc la pendaison de crémaillère de la famille. Tout le monde s’y est mis, tout le monde a été invité, pas une cinquantaine de personnes, plutôt 200. L’entrée de la cour est rouge de reste de pétard, et en plein décembre, on mange dehors sous un soleil qui tape bien. Dès mon entrée dans la cour, les gens ne m’ont pas raté : c’est pas tout les jours que des étrangers viennent faire un tour dans leur village. Les hommes me proposent de la bière (par bouteilles, carrément !) et des paquets de cigarettes, difficile de refuser. La table se remplit, un, deux, trois, quatre… huit plats arrivent, du riz bien sûr, du porc grillé découpé en lanières, du canard, de la soupe, et tous les autres que j’ai oublié. Comme à l’accoutumé, pas de poubelle ou d’endroit pour jeter les os, les coquilles d’oeufs ou autre déchets, tout fini par terre. J’observe un peu les gens autour de moi, quelques vieilles dames ont une allure très différentes avec leurs chapeaux noirs enroulés sur la tête, leur peau plus foncée et des dents digne d’un Thufir Hawat à cause du betel : ce sont les vieilles dames Dai du village. Après une partie de carte avec les copains et copines de la fille chez qui on faisait la fête ce midi, on retrouve la voiture, la route et les plantations de canne à sucre, le ventre repu.

Jeux à l'école primaire

Puis la voiture pénètre enfin dans la cour d’un grand bâtiment, drapeau chinois flottant en plein milieu, remplie de jeunes en train de jouer au ping-pong, au foot, ou d’autres activités. C’est une école primaire dont l’association pour laquelle travaille Yang vient d’aider pour installer un tout nouveau terrain de jeu. Dès que je sors de la voiture, je deviens un peu l’attraction : les jeunes, entre 4 et 8 ans, me dévisagent de haut en bas avec insistance, certains s’enfuyant en rigolant ou en allant alerter ceux qui n’avaient “pas vu” le Laowaiqui vient d’arriver dans leur école. Le directeur, tout sourire, vient nous accueillir et nous emmène dans la salle des profs pour aller boire un thé vert brûlant. Une jeune institutrice, également tout sourire, vient nous voir et parler quelques mots d’anglais avec moi, hésitante, mais fière malgré tout. On fait un rapide tour du tout nouveau terrain, dont le sol en revêtement mou coloré vient juste d’être terminé. Il y a encore une mince barrière tout autour, mais on sent que tout le monde est pressé d’aller essayer tout ça. La cloche sonne, et tout le monde se précipite dans les classes, non sans jeter un derrière coup d’oeil à l’étranger dans la cour, de préférence du troisième étage de l’école, pour se cacher en pouffant derrière le parapet si jamais je me prenais à lever les yeux. L’instit qui était venue me voir est en train de faire des jeux avec sa classe juste dehors et me propose de les rejoindre pour danser avec les enfants; en tournant en ronde, mon voisin et ma voisine me tiennent fermement et fièrement la main.

Pont de bambou

Il est finalement l’heure de partir, pour certains, c’est déjà la fin de l’école, pour nous, il est temps de rentrer. En repassant à travers un village, on fait un petit détour vers la grande rivière Da Yingjiangqui traverse le comté de Yingjiang. Au bout d’une rue perpendiculaire à la rivière, la route s’arrête brusquement devant l’eau pour laisser place à un tout petit embarcadère où deux grandes barques à long moteur attendent sous la surveillance d’un vieil homme en costume usé et son petit fils. La route se poursuit au dessus de l’eau via un long pont fait entièrement en bambou. Les sections de soutènement sont en gros bambou de 10 centimètres de diamètre, le revêtement est fait d’un maillage de bambou coupé en lanière. Souple, grinçant, un peu élastique, je me lance dessus pas très confiant, la prochaine rive est à plusieurs centaines de mètre de l’autre coté. Je reste un peu sceptique devant la construction quand j’entends klaxonner derrière moi et je dois laisser la place à une grosse moto 125 qui traverse jusqu’à l’autre coté, pas très vite, mais sans le moindre doute. Ce pont a l’air costaud malgré tout. Quelques semaines plus tard, je découvrirais que ce n’est qu’un des dizaines de ponts en bambou qui traverse tout le long de la rivière…

Cannes à sucre

Sur le chemin du retour vers la ville, on s’arrête quelques minutes le long de la route pour couper quelques morceaux de cannes à sucre qu’on dévore à pleines dents pour en sucer tout le sucre avant d’en cracher les morceaux secs; pas facile pour mes pauvres dents de français. Arrivé à la prison, on dépose tout le monde pour attendre un copain à Yang, surnommé Laoshi (jeu de mot avec son nom, qui veut dire “professeur”), policier aux services d’immigration de la ville. Avec lui, on file dans un restaurant au dessus de la rivière, manger quelques nouilles froides avec des morceaux de boeuf grillés, un peu comme on mange au Vietnam en ce moment. Le cadre est plutôt agréable, si ce n’est la constellation de serviettes en papier et autres détritus qui polluent les berges de la rivière, juste sous le restaurant… On sort du restaurant vers 20h30 pour aller poser la voiture près de chez Yang. La journée a été bien remplie et on va faire une petite promenade près du lac au centre de la ville. À cette heure-ci, c’est la fête quotidienne dans la ville et la musique bat son plein sur la grande place à coté du lac : un bonne centaine de personnes, la plupart ayant plus d’une quarantaine d’années, mais quelques plus jeunes aussi, sont en train de danser de manière synchronisée au son de dance ou de musique disco. Plusieurs groupes se sont formés d’ailleurs, et en continuant à traverser la place, la musique change et d’autres personnes sont en train de danser le tango, ou je ne sais quelle autre danse. C’est le pain quotidien de la population ici, ou comme dirait Yang : “Les habitants de Yingjiang aime danser. Peut-être parce qu’il n’y a que ça à faire ici, aussi.” En continuant de faire le tour du lac, on entre dans un bar et on va s’asseoir au premier étage où on attend une amie à Yang. Quelques verres de bière, un bon paquet de graines de tournesol dont les coquilles finissent par terre, Shasha (de son surnom) arrive. Un peu difficile de parler ensemble, son anglais est un peu limité, mon chinois quasi-inexistant, je m’endors presque sur la table pendant qu’ils continuent la discussion. Je crois que ce premier jour va se terminer ici pour moi.


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2 Responses to 1 mois à Yingjiang : 1er jour (1/3)

  1. Nancy says:

    If you like you can come back to celebrate the Water Festival with me.
    You will enjoy it !

  2. Nancy says:

    All I need is you needing me.
    Sometimes people who are thousands of miles away can make us feel better than people right beside you.
    I miss you~miss you ~miss you so much !!

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