1 mois à Yingjiang : la Fête du Printemps (3/3)

Préparation au festival du Printemps

Pour les voyageurs en Chine, le nouvel an chinois, c’est un peu la bête noire : quasiment impossible de prendre le train et le bus, sur bondés,hébergements complets, pleins de magasins et restaurants qui ferment… Mais c’est aussi l’occasion de vivre une des plus grosses fêtes chinoises et j’en avais suffisamment entendu au cours des mois passés ici qu’il fallait décidément que je puisse y participer. Comme j’étais (toujours !) dans le coin, Yang m’a proposé de rester encore quelques jours dans sa famille et d’y participer depuis ici.

Le Festival du Printemps

(Qu’on appelle aussi le Nouvel An Chinois dans nos contrées.)

Stock de pétards & feux d'artifice

Quelques semaines avant le début des festivités, la ville commence déjà un peu à changer. Le long des rues, des femmes commencent à installer des stands pour vendre des “bricoles”, ô combien importantes pour les gens d’ici. On trouve pleins de papiers de couleur rouge avec quelques caractères chinois écris dessus, souhaitant “bonne chance”, bonne santé”, “plein de bonheur” ou bien “pleins d’argent” (apparemment, le “plein d’argent” est très populaire). On trouve aussi des posters, de toutes les tailles ; les dessins dessus sont assez variés, mais ça va du portrait de bébés aux paysages bucoliques. En passant bien évidemment par les pop-stars chinoises, l’inévitable portrait de Mao et autres jeunes femmes dénudés. Eh, y’en a pour tout le monde. En plus des stocks de lanternes rouges et des paquets cadeaux avec foie gras et vin français, la plupart des magasins commencent à faire également leur stock de pétards et feux d’artifices : à deux pas de la fenêtre de chambre où je dors, il y a un petit magasin où on trouve presque de tout. Assez calme et discret quand je suis arrivé, la portion de trottoir en face de l’ouverture s’est tranquillement transformée en véritable armurerie avec des empilements de boites d’explosifs sur presque un mètre de haut. Une dizaine de jours avant les festivités, les propriétaires ne prenaient même plus la peine de rentrer les 20m² occupés devant le magasin… La ville se transforme en véritable poudrière, je n’ose même pas imaginer si quelqu’un se mettait à fumer là, juste devant un magasin, et jetai son mégot de cigarettes par inadvertance dans le coin… Heureusement, ça serait pas le genre des gens d’ici…!

Festival du printemps

Le jour du “réveillon”, l’atmosphère dans la ville commence à changer : la plupart des magasins ont sorti leurs balais pour faire le ménage “de printemps”, les papiers rouges de l’année qui se termine, défraîchis aux couleurs fadées, sont arrachés et des nouveaux (“pleins d’argents” !) sont mis à place, le tout dans la bonne humeur. Après le dernier cours d’anglais des vacances avec Yang et Nancy, mes poches pleines de petits cadeaux offerts par les enfants, les rues commencent à se vider. D’habitude, qu’il pleuve, vente ou neige (pas courant ici quand même), week-end, Noël, ou simple jour de l’année, de bonne heure ou tard dans la nuit, tout est quasi ouvert tout le temps, les scooters et motos alignés le long des bâtiments. Aujourd’hui, les rues sont presque désertes, les boutiques quasiment toutes fermées. Le long du parc dans le centre, des espèces de forains se sont installés pour que les gens puissent venir jouer et gagner des trucs au tir à la carabine, tir au ballon, et autre jeux de hasard. Après le repas de midi, Nancy rentrée chez elle, on rentre chez Yang en passant devant la boutique d’Iris, fermée pour une des rares fois depuis que je suis là. Sur le chemin, quelques personnes sont en train de discuter tranquillement dans la rue, des énormes restes de pétards encore fumant juste à coté…

Une fois chez Yang, c’est l’heure de refaire la décoration. Sa cousine est rentrée depuis quelques jours et est déjà en train d’arracher les papiers rouges le long des portes. Traditionnellement, on en trouve trois autour de chaque porte : deux longs, dans le sens de la hauteur de chaque coté, un plus petit au dessus de la porte. Un peu comme un charme ou un porte bonheur pour les personnes habitants de l’autre coté (Accessoirement, c’est très pratique quand on se balade au hasard dans les rues des villes : quand on croise ces papiers, ça veut dire qu’on va rentrer chez quelqu’un.) Joignant la main à la pâte, je m’attelle à rescotcher les nouveaux papiers, en suivant les directions de Yang et de son grand-père : pas question de se rater, sinon ça sera la misère pour eux pendant toute une année. Sur la porte d’entrée de l’immeuble, on colle deux gros personnages, qui ressemblent aux “gardes du corps” de Bouddha. Ça donne pas envie de faire le con quand on rentre chez eux. Manque de bol, la porte est un peu compliquée (une grosse porte pour faire passer les voitures, dont un battant contient une porte normale pour les gens) et un des gardes du corps, collé à moitié sur les deux parties se fera décapiter à la première ouverture… Pas grave, ya qu’à en racheter un autre et à le recoller !

"Bâtons" d'encens

Peu de temps avant le repas, Yang et sa famille allument des énormes bâtons d’encens pour planter devant le salon (pour l’occasion converti en pièce pour se recueillir auprès des morts), et devant la porte de l’immeuble. Quelques offrandes de nourriture sont aussi déposées sous l’espèce d’autel du salon. La cousine de Yang, pendant ce temps, armée de son ciseau et d’un rouleau de papier rouge, à entourer d’un petit ruban rouge tout les trucs tubulaires dans la cours de l’immeuble… Finalement, l’heure du repas approche. Depuis quelques heures, on a l’impression que la ville s’est transformée en mini champ de bataille : on entend au loin, ou pas si loin, pleins d’explosions de pétards. Pas un ou deux, par-ci par-là, plutôt genre une centaine d’un coup, toutes les minutes ou presque. Là, c’est à notre tour : pour annoncer le début du repas (et sûrement pleins d’autres significations qui m’échappent), Yang accroche un chapelet de pétard au pauvre arbre devant leur immeuble. La rue est quasiment déserte maintenant : d’habitude, il y a toujours des gens dehors, un peu d’agitation, des voitures garées à perte de vue. Plus grand monde aujourd’hui. La famille prête, Yang me fait signe de reculer, et là…

Puis, c’est l’heure du repas, toute la famille dans la cours de l’immeuble , à manger autour de la table le délicieux repas préparé par la tante de Yang, chef cuisinière dans un restaurant du coin. Puis, c’est la veillée. Yang m’explique qu’après le repas, les gens restent chez eux, en famille, à discuter ou à regarder la télé. Je m’éclipse discrètement pour ne pas déranger. La nuit commence, les explosions dehors se font de plus en plus insistantes, des fois à quelques pas de ma fenêtre. Le ciel, un peu brumé, s’éclaire de multiples couleurs. Puis, vers 23h30, le spectacle s’intensifie, et c’est un flot non-stop de feux d’artifices et de pétards qui explosent dans la ville. Le ciel s’est voilé d’une espèce de brume, l’air sent le soufre, la lumière des lampadaires dans la rue ne suffit plus à éclairer les bâtiments de la ville croulant sous les flashs des feux. En passant la tête par la fenêtre de ma chambre, aussi loin que portes mon regard (c’est à dire pas super loin en fait, à cause de la fumée), on peut voir des fusées qui explosent : au dessus des immeubles, au dessus des rues, juste devant le magasin de pétards juste en face de ma fenêtre (maman !)

Juste après le repas, alors que Yang venait de me dire qu’on allait rester à l’intérieur, je me suis dis : “Bon, vu comment ça pète en ce moment, ça serait un peu con de pas en profiter pour que j’allume quelques fusées moi aussi”. Yang semblait intéressé par l’idée aussi et j’ai craqué les derniers billets de mon porte-monnaie dans un lot d’explosif : pour 300 Yuan, on est reparti avec des pétards qui font beaucoup de bruit, deux blocs de fusées avec une fontaines, deux boîtes de 8 fusées en forme de boule avec un pied style “mortier”, deux-trois autres trucs, et une boite de 60x15x25 centimètres avec des cônes en plastique pour protéger les fusées – on aurait dit un lance-missile ce truc.

Festival du printemps

À 23h55, piaffant d’impatience d’aller cramer tout ça, je vais chercher Yang qui était prêt à partir. On passe alerter sa cousine dans la chambre d’à côté, puis récupérer nos précieux et on ouvre la porte pour sortir. Sur le champs de bataille (la rue), le sol est cette fois décidément recouvert de cadavres sanguinolents (des pétards quoi). Sur le trottoir d’en face, des trucs sont en train de finir d’exploser, dans la boutique juste à coté de la porte d’entrée, des gars la clope au bec sont en train de discuter au milieu des boîtes de pétards. On n’est même pas aux premières loges là, on est carrément dans la loge. Je découvre un peu l’ampleur des dégâts : les feux d’artifices sont allumés au milieu de la route, les quelques voitures ou scooters qui passent par là zigzaguent un peu entre les fontaines et les restes de boites. Un gars a laissé sa belle voiture toute noire au bord de la route, ça empêche pas les gens d’allumer des trucs juste à coté. Finalement, on sort notre stock, et on tente de comprendre comment ça marche : pas facile de premier abord. Un des gars viendra nous aider pour allumer ceux qui font beaucoup de bruit. Après…

Festival du printemps

Et puis, la soirée se termine vite. À minuit et demi, ça s’est bien calmé, on entend encore quelques explosions au loin, mais pas grand chose, c’est très calme par rapport à minuit et juste avant. À 5h33 du matin, quelqu’un a par contre la bonne idée de rallumer une ligne de pétards juste sous ma fenêtre ._. Et c’est reparti pour toute la journée de dimanche, dans une moindre mesure que la veille, mais ça pète encore pas mal tout autour. Le soir, il nous reste encore quelques feux d’artifices qu’on n’avait pas tiré et, rejoins par des amis à Yang, on part vers le lac dans le centre de Yingjiang, notre lance-missiles sous les bras. Tout autour de nous, les gens allument tranquillement les restes de la veille. De l’autre coté du lac, la fête bat son plein : karaoké en plein air, manèges, et les lanternes de Kongming. Pas super écologiques (quoi qu’elles ont l’air faites en papier recyclé et armature en bois), sans doute dangereuses si il y en a une qui se crash dans une meule de foin, mais ô combien poétiques. J’en avais déjà vu pour le réveillon de la Saint Sylvestre, juste une, montée tranquillement dans le ciel. Là, on aura droit à la notre, ça prend du temps à s’envoler, mais c’est plutôt cool.

Et tout le reste…

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2 Responses to 1 mois à Yingjiang : la Fête du Printemps (3/3)

  1. Marv says:

    I got some problems with my gmail….I come here just want to tell you that…it’s a boy,a boy~yeah~\m/

  2. Lo says:

    Tu es un surhomme pour moi Jon!!! Je crois que l’enfer çà serait çà pour moi La fête du printemps chinois! j’espère que tu vas bien là où tu es, j’espère à bientôt sur skype des bises de nous 3

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