Dans l’hémisphère sud

Dans le bateau pour Kanawa

Il est bientôt 21 heure, ce 13 mai, et je dois prendre le bateau pour quitter Koh Tao. Sur le quai de l’embarcadère, il fait bien chaud se soir, moite, malgré le vent. En m’approchant du bateau et de la foule qui fait la queue pour rentrer, je prends un peu peur en voyant son état, bien usé, un peu rouillé par-ci par-là. La mer est un peu agitée, ça rajoute au piment. Sur la paroi du bateau, juste au dessus de la planche en bois pour passer du quai au ponton (!), un panneau affiche : “Maximum : 120 persons”. J’ai le “lit” numéro 135, ça commence déjà mal. Une fois dans le bateau, impossible de trouver mon lit. Chacun à droit à ses 40 centimètres de large pour dormir, sur des futons à la couleur parfois douteuse. Des petites fenêtres cours tout le long du bateau, au moins sur à l’étage. En bas, les gens sont un peu empilés sur un demi étage d’un mètre de haut : c’est bien glauque pour les gens qui sont dessous. Si ce n’était la population à 80% occidentale, ça ressemblerait bien à un bateau de réfugié en catastrophe. Finalement, je me pose sur un lit inoccupé, “l’équipage” m’ayant redirigé vers tout les endroit du bateau avec un air de pas savoir où se trouvait mon lit : au milieu du bateau, surélevé par rapport aux autres lits, dans le sens de la longueur, malgré le houle qui tentait de me faire virer du lit, j’ai quand même pas trop mal dormi. Une dizaine de minutes avant notre arrivé, une pale d’un des ventilateurs un peu plus explose en plein vol dans un bruit infernal : personne n’a été touché, mais on a connu mieux comme réveil.

En route pour la Malaisie

À l’arrivée, l’équipage sort les sacs de la soute du bateau, je découvre le mien avec mon coupe-vent étrangement accroché à l’arrache à l’extérieur du sac. On dirait que j’ai encore une fois payé un billet avec “fouillage de sac compris”. On m’a rien volé cette fois, mais ça me fout bien les boules encore. Ensuite, c’est le trajet, long long long, pour aller jusqu’à Kuala Lumpur. Un premier mini-van qui emmène une quinzaine de personnes dans un terminal de bus sordide en plein milieu de nulle part au bord d’une rivière, avec quelques tables et bancs disposés sous un grand hangar en bambou. Une bonne heure à attendre, aux alentours de 6h/7h du matin : l’endroit parfait pour se faire dévorer par les moustiques. Puis, contre toute attente, je saute dans un autre mini-van, 45 minutes plus tôt que ce qu’on m’avait annoncé, en direction de Kuala Lumpur; heureusement que je me suis pas endormi, , je serais encore en train d’attendre là bas. 3h/4h plus tard, après une pause-déjeuner dans un restaurant au bord de la route, notre chauffeur dépose un gars qui doit aussi aller à KL, puis pose moi et une autre nana qui doivent aussi aller à KL au pied d’une agence de voyage chinoise, au milieu d’une rue de Hat Yai, qui nous dit d’attendre le bus pour KL qui doit partir dans une heure et demi. Les rues aux alentours réveillent de lointain souvenirs, avec toutes ces enseignes écrites avec des caractères chinois : c’est un sentiment étrange de retrouver quelques caractères familiers, quelque part, tout ça me parait familier et la nostalgie monte au fur et à mesure que j’avance dans la ville… Après un repas thaï pas top dans un restaurant du coin, nous revoilà dans un autre mini-van, chargé à bloc d’occidentaux et de 3 bengladeshiens (?) en direction de la Malaisie. Je sais pas où on part, mais on y va. Et nous revoilà sur la route, quelques heures plus tard, on arrive à un énorme poste frontière, et je sors de Thaïlande après 48 jours, et me voilà officiellement en Malaisie. Tout de suite, on sent le changement de pays, toutes les femmes officiers à l’immigration sont voilées : fini les pays majoritairement bouddhiste, bonjour les pays musulmans. Le mini-van repart pour quelques heures de trajet à fond sur les autoroutes malaisiens, propres et bien rangés. Je me réveille quand dans une grande ville, au beau milieu d’un quartier de shopping et on se fait déposer au milieu de tout ça, encore une fois devant une agence de voyage chinoise, qui nous dit, encore une fois, d’attendre que le bus vienne nous chercher. Pour la première fois depuis ma sortie du bateau, je récupère un billet de transport… J’avance ma montre d’une heure, je vais changer quelques Baht qui me restait pour des Ringgit malaisien, et nous revoilà encore une fois dans un vrai bus cette fois, aux sièges confortable, à la clim bien trop forte. Je découvre entre temps qu’on est à Penang, mais aucune idée de vraiment où dans la ville. Une fois dans le bus, on passe par le grand pont qui relie l’île au continent (j’imagine qu’on a dû le passer quand j’étais en train de dormir). Après un dernier arrêt au terminal de bus pour récupérer d’autres passagers, le bus poursuit sa lancé vers Kuala Lumpur, qu’on atteint minuit passé, après 27 heures de trajet depuis mon départ de Thaïlande, yeah. En sortant du bus, les rues sont très calmes, il fait chaud mais raisonnablement à cette heure. Quelques taxis attendent de prendre des passagers et viennent me voir pour m’emmener à mon auberge. D’après mes savants calculs, je devrais être à une dizaine de minutes à pied, ce qui, de manière surprenante, m’est confirmée par deux chauffeurs de taxi qui me disent que c’est pas très loin et que je peux marcher jusque là bas (ils ont peut-être bien compris que j’avais pas l’attention de partir avec eux de toutes façons). Armé de ma boussole et de ma carte pas très très détaillée, je m’en sors pas trop mal et je check-in dans une auberge du quartier chinois de Kuala Lumpur pour m’écrouler sur mon lit dans le dortoir de 24 personnes. C’est décidément un bordel parfaitement organisé pour faire ce trajet.

Kuala Lumpur

Mosqué dans Kuala Lumpur

Le mardi matin, je me réveille pas trop tard, je dois faire quelques papiers et filer à l’ambassade indonésienne pour faire faire mon visa : il me manque la plupart des papiers requis, et j’ai surtout aucune idée d’où elle se trouve et de comment m’y rendre. Après quelques recherches, je trouve une adresse, un itinéraire vers une destination approximative, j’ai imprimé mon vrai-faux billet aller-retour Singapour/Bali et me voilà dehors. Je dois avoir une une bonne heure de marche pour arriver à destination, il est 10h30, l’ambassade ferme à 12h, et il fait déjà super chaud dehors. Avec un plan des environs, ma boussole et des indications un peu foireuse, je me retrouve une heure plus tard à “destination”, dans une grande rue aux bâtiments un peu douteux, et des nanas qui attendent devant ou derrière des grilles et qui me font des signes bizarres. C’est décidément pas un endroit où je penserais trouver une ambassade… Je rentre dans une banque pour demander à un employé si elle se trouve dans le coin, mais non, c’est la bonne rue, mais qui est très très longue, et l’ambassade “est très très loin d’ici, il faut que vous preniez un taxi”. Bon, une demi-heure plus tard, en revenant sur mes pas, je trouve un Starbucks, me connecte à leur réseau wifi et retourne chercher des informations sur l’emplacement tant attendu … qui ne se trouve en fait qu’à une trentaine de minutes de l’endroit où je suis suis, une quinzaine de minutes d’où j’étais avant. Finalement, j’y arrive, juste à coté de l’ambassade du Koweit, avec plein de gens qui attendent à l’entrée. J’arrive un peu tard, c’est le début de l’après-midi et c’est l’heure pour la récupération des visas uniquement. Au moins je sais où c’est pour le lendemain.

Sur le chemin du retour vers l’auberge, je passe dans la grande rue commerçante de Kuala Lumpur, Jalan Imbi, pas super passionnante avec ses grands magasins de luxe, mais au bout d’une place, dans un coin de la rue, je repère l’enseigne d’un cinéma qui deviendra mon repère pour les prochains jours. Un peu plus loin, je m’arrête dans un boui-boui sous des arbres, coincé entre un parking de voiture, une grosse rue bruyante et un immeuble un peu dégarni pour dévorer une assiette de nouilles frites, toppées avec un oeuf au plat pour 6 Ringgit : pas très appétissant à la vue et à la description, mais super bon en fait. Le cuisinier, un gros indien parlant un anglais plutôt pas mal, était vendeur de vins français dans des grands restaurants tout autour de la Malaisie avant de se lancer à son compte dans le business boui-boui. On est en plein après-midi, et il fait *plutôt* chaud.

\o/

Après un arrêt au 7/11 du coin pour acheter une carte SIM malaisienne pour mon téléphone portable, j’attends dans mon dortoir sur-climatisé ; vers 21h30, Ashok vient me chercher en voiture à l’entrée de l’auberge avec son pote Vicknesh pour aller manger dans un restaurant indien un peu plus loin. Respectivement médecin conseiller au gouvernement et neuro-chirurgien, c’est surtout l’occasion de rencontrer des métalleux dans ce pays musulman, mais surtout des gens super intéressants, et de discuter musique, politique, religion et pays voisins avec eux. Sous ses apparences tranquilles, la Malaisie ne l’est apparemment pas tant que ça, le gouvernement favorisant encore trop largement la population de malais au détriment des chinois et des indiens ; quelques semaines auparavant, les rues étaient remplies de jeunes en colère, protestant contre ce gouvernement en place depuis l’indépendance, manifestation réprimandée à grand coups de force policières… Tout n’est pas aussi idyllique que mes yeux de touriste peuvent voir.

Le lendemain, je retourne à l’ambassade : après 2 heures d’attente, je découvre qu’elle sera fermée les deux prochains jours, et que je pourrais récupérer mon visa seulement lundi après-midi (on est mercredi), alors que normalement, c’est bon pour le lendemain. Avec mon planning surchargé pour les prochains jours, je laisse finalement tombé en espérant pouvoir le faire à Singapour dans quelques jours. Un peu dépité (si j’avais pu le faire la veille, ça aurait été vachement bien en fait), je pars me réfugié au fameux cinéma aperçu la veille en rentrant ; à quelques détails près, ça sera mon programme des prochains jours, je suis fatigué, il fait chaud et humide dehors, j’ai pas le courage de courir de partout ; j’ai juste peur de chopper la crève dans ce cinéma, lui aussi, sur-climatisé. Les jours d’après seront ponctués par les autres films que j’irais aller voir, un voleur dans le dortoir, les aller-retours sous les tours Petronas (symbole de Kuala Lumpur !), d’autres rencontres avec des métalleux et Ashok et quelques petites traversées de la ville à pied.

Singapour

Marina Bay de Singapour

Finalement, dimanche 20 mai, je prends un bus pour filer vers Singapour, nouveaux billets dans la poche. 6 heures plus tard, mon passeport assorti d’un nouveau coup de tampon, je débarque en plein milieu de la ville pour partir rejoindre Jasmine, couchsurfeuse et chanteuse dans un groupe de métal symphonique. Retrouvée devant la grande mosquée Sultan, elle m’emmène manger dans un restaurant indien pas trop cher dans le coin ; elle est passionnée de chant, de musique, de poésie et de composition ; un peu timide mais excitée par notre rencontre. Après un tour dans l’hyper-centre de Singapour et sa Marina Bay, à regarder leurs jeux de lumières sur la baie, un spectacle son/lumière/feu (décevant après Koh Tao), son bar-restaurant “Indochine” et la rencontre des ces amis musiciens de Absence of the Sacred dans un café 24/24, on restera à discuter jusqu’à 4 heures du matin. J’ai pas encore trouvé le secret, mais il y a définitivement des rencontres qui sont plus faciles avec certaines personnes qu’avec d’autres.

Lundi matin, je me sauve de chez elle pour rejoindre l’ambassade indonésienne, avec un vrai billet aller, un faux billet retour, et un vrai formulaire d’application. Après une longue marche sous le soleil matinal singapourien, déjà brûlant, dans un des quartiers chics de la ville, chaud, humide et propret, suivi d’une petite heure d’attente, je dépose enfin ma demande de visa : il sera prêt mercredi en début d’après midi, et mon avion pour Bali par en fin d’après-midi le même jour, et l’aéroport est pas tout près … mais ça devrait quand même le faire. En fin d’après midi, je retrouve Jasmine après son boulot, pour repartir zoner dans le très limité milieu métalleux de Singapour (en gros, ces amis), en sirotant un thé-citron au delà de Marina Bay. Le studio d’enregistrement de son batteur étant fermé (le gars semblant suuupppeer timide à l’idée de rencontrer un (si talentueux !) batteur français devant une batterie), on restera finalement plus longtemps dans la boutique de son guitariste, tailleur chinois dans la rue à bars/pubs et autres plaisirs pour les étrangers de passage. Encore une fois, la nuit fut courte, à parler musique singapourienne et française, parmi d’autres. Pour mon deuxième et dernier jour complet à Singapour, je pars faire un tour dans Bedok, le quartier où habite Jasmine, me faire péter le bide dans un restaurant indien et faire un tour vers un des réservoirs de la ville (un petit lac quoi). Il fait chaud, voir très chaud au soleil, mais à l’ombre avec une petite brise soufflante du lac, on se laisse facilement prendre à faire la sieste sur un banc sous les arbres. Un peu plus tard que prévu, on se retrouve “en ville” avec sa pianiste Ying autour d’un gros repas, en musique bien entendu, suivi d’une soirée imprévue à jammer dans un bar de Singapour jusqu’à 2 heures du matin. Peut-être que pour ces gens, il faut à tout prix partir de cette ville ; pour moi de passage et ces rencontres, je suis un peu triste de devoir quitter l’endroit.

Ma dernière journée est passée très rapidement : manger une dernière fois avec Jasmine et ces collègues, courir pour arriver une heure avant l’ouverture de l’ambassade, être le premier à récupérer, un peu stressé qu’il ne soit pas validé, mon passeport et mon visa puis filer vers l’aéroport pour prendre mon avion. Facile en fait. Plus trop familiarisé avec les restrictions des avions, un peu ailleurs entre ma course réussie jusqu’ici, les rencontres que je quittes déjà et ce qui m’attend au bout de la piste d’atterrissage, j’oublie mon couteau-suisse et mon ciseau dans mon sac en cabine, qui disparaissent au passage de la sécurité ; tant pis, j’essayerais de détourner l’avion avec mon coupe-ongle resté, lui, dans mon sac. On dirait également que mon lecteur de musique a décidé d’effacer toute la musique qu’il contenait. C’est une manière de passer à autre chose…

Bali et un peu d’Indonésie

Plage de Sanur à Bali

Mon séjour à Bali fut extrêmement intéressant… Débarqué à l’aéroport à 22h, pris un taxi pour mon auberge, et écroulé sur mon lit. Le lendemain, je chasse le bureau d’une agence de voyage pour acheter mon billet d’avion pour Labuan Bajo, pour retrouver le-dit bureau fermé. Je cours ensuite pour aller voir du matos de plongée dans une boutique, en me démerdant pour ne rien me faire vendre, je peux avoir une “grosse” réduction en passant par mon centre de plongée si ils s’occupent de la transaction. Le lendemain, je pars retrouver Ed, mon futur instructeur de passage à Bali, qui, ça tombe bien, pourra me récupérer aussi mon équipement. J’attends quelques heures pour aller voir le médecin en fin d’après-midi pour avoir mon certificat de santé pour la pratique de la plongée. Le tout, à pied, dans les rues de Sanur, qui sont finalement bien plus longues qu’on ne pense en voyant la carte. Samedi, je me décide finalement à louer un vélo pour trimballer tout mon nouveau bazar que Ed a récupéré pour moi et pour me débarrasser enfin des 2 kilos de trucs inutiles que je me trimballe dans mon sac depuis mon départ de Corée (bon débarras, mon sac passait limite à l’aéroport). Il me reste finalement quelques heures avant le coucher de soleil pour visiter un peu les alentours, mais j’ai envie que d’une chose : boire un jus de fruit frais. Le soleil cogne fort à Bali, mais le vent souffle tout autant, c’est pas mal en fait. Dans les rues, tout au long de la journée, devant les portes ou à un croisement de rues, on trouve ces espèces de petits paniers remplis de quelques fleurs, d’un bâton d’encens et parfois de quelques cuillères de riz, le tout en plus ou moins bon état suivant l’endroit ou l’heure de la journée, mais aussi des temples et des processions de balinéens en costume traditionnel blanc avec les femmes portant sur leur tête des grandes offrandes de fruits frais ; au large, les gens font du surf ou de la planche à voile et ça à l’air de bien déchaîner. Ce coté de l’île est protégé par une barrière de corail et on voit les vagues s’écraser au loin.

En chemin pour Kanawa

Et dimanche 27 mai arrive déjà, et me voilà dans l’avion, en route pour Labuan Bajo sur l’île de Flores, pour aller me réfugier ensuite sur l’île de Kanawa, entre Flores et Komodo. En quelques jours, j’aurais parcouru pas mal de kilomètres pour arriver à cet endroit ; c’était pas trop dans ms habitudes de voyage jusqu’à présent, mais j’avais besoin de ça pour me relancer. Au programme, plongée, bien sûr, apprendre, apprendre, apprendre et se forger une expérience différente que de simplement suivre, profiter du soleil, du calme de l’île, se remotiver et se ressentir en forme. Tout un programme.


This entry was posted in Voyage and tagged , , , , , , , , , , , . Bookmark the permalink.

One Response to Dans l’hémisphère sud

  1. gl says:

    \m/

    J’espère que tu leur as fait découvrir la perle du métal occidental : Ultra Vomit ! 🙂

    Bonne continuation, et poursuis ces compte-rendus, ça égaie un peu mes matinées parisiennes !

Comments are closed.